Description
Résumé : Cette monographie d un artiste encore méconnu en France a été nourrie de très nombreux documents inédits et présente un parcours dans l œuvre de James Ensor (1860-1949) organisé à la fois chronologiquement et d un point de vue thématique. Deux lieux opposés sont capitaux dans l imaginaire ensorien : Ostende où l artiste vit au milieu de sa famille et Bruxelles où il fréquente les cercles d avant-garde. Pour Ensor la peinture est une fuite dans la solitude d un atelier où se bâtit l idée d Œuvre. Celle-ci n a qu une issue : Bruxelles où le peintre entend bien être reconnu. Sa participation au cercle des XXe épicentre de l avant-garde belge et européenne à la fin du XIXe siècle va dans ce sens. Ensor aspire à y être reconnu comme l artiste déterminant de la peinture belge moderne. Là se jouera l avenir d Ensor. Perçu comme un chef de file en 1884-1885 il trouve dans l impressionnisme et dans le néo-impressionnisme des rivaux qui à ses yeux le privent de sa légitimité. L artiste se sent bafoué. Commence alors un mouvement de reflux qui détache Ensor d une avant-garde à la mode jugée conformiste. Il élabore une œuvre marquée par l altérité et la différence irréductible. La seconde partie aborde les facettes de cette œuvre qui annonce l expressionnisme du XXe siècle. L identification de l œuvre au Christ la conception de l exposition comme dérive démagogique l affirmation du squelette et du masque comme signes d une même déperdition de substance témoignent d une perte de contact croissante avec la réalité. Ensor devient le peintre de l atelier. A la nature se substituent les images déjà élaborées sur lesquelles il revient dans un travail de défiguration voire de dérive moderne. Enfin l auteur s appuie sur les toiles tardives pour interroger la perte de créativité qui semble frapper Ensor vers 1900. Les échecs répétés et le mépris de la critique ne disent pas tout. Enfermé dans ce personnage ubuesque Ensor devient un masque qui retrouve néanmoins sa verve dans l écriture et dans la dérision qui le poussera à se revendiquer musicien plutôt que peintre. Ensor a vécu une décennie d intense créativité et attendu soixante-dix ans la reconnaissance. Né à Ostende et formé à l école des Beaux-Arts de Bruxelles James Ensor a commencé par des sujets historiques et bibliques imposés par l enseignement classique et poursuivi avec des oeuvres réalistes en larges masses compactes puis des paysages des natures mortes des portraits. Un parcours pictural qui sort peu à peu de l obscurité prend les reflets de la chair de Rembrandt avant de s éclaircir vaillamment de laisser des oeuvres submergées par un ruissellement de rouges vifs des envolées de petits bleus de jaunes éclatants une cascade de couleurs qui éclaboussent le cadre. Expressionniste chez les impressionnistes Ensor a dessiné peint et gravé. Il est resté cependant à l écart incompris cultivant son amertume et son pessimisme pour mieux les coucher sur la toile à travers deux thèmes : le masque et la mort. Médecins hommes de loi ou artistes deviennent vite les cibles préférées sur la palette du peintre désabusé. Pour l artiste le monde vit masqué mû par les prétentions. La monographie de Michel Draguet professeur à l Université libre de Bruxelles permet d apprécier l esprit subversif l ironie et les obsessions du peintre éclaire un peu plus le rapport entre l artiste solitaire et son quotidien peuplé de clowns ridicules. –Céline Darner.











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